Safer et autres histoires soviétiques

Comme prévu j’étais à la manifestation de soutien à ce jeune agriculteur qui, je vais être modéré, est face à des difficultés administratives (ah l’administration…) , rendant très difficile son installation sur des terres où il veut exercer son métier. Cela m’a permis de m’intéresser de plus près à cette fameuse SAFER dont beaucoup d’agriculteurs semblent insatisfaits, mais également à un fonctionnement « soviétique » que l’on retrouve dans d’autres « administrations » notamment dans l’agriculture. Il faut savoir pour l’anecdote et commençait cette lecture que Jean Gabin est à l’origine de la création des SAFER.

À l’époque, Jean Gabin, grand amateur de chevaux, avait acquis une exploitation agricole dans l’Orne. Il voulait en permanence s’agrandir et, chaque fois qu’une terre était disponible, il en proposait un prix très élevé, au grand dépit des petits agriculteurs de la région qui souhaitaient s’agrandir, mais ne pouvaient concurrencer son offre. Un jour, ils sont venus manifester chez lui, pour lui expliquer qu’il fallait en laisser un peu aux autres. M. Gabin leur a alors intenté un procès célèbre et déclara aux agriculteurs : « Messieurs, vous êtes en train de végéter sur vos petites exploitations. Je vais vous les acheter, ainsi que le capital d’exploitation. Je vous prendrai à mon service et vous aurez un niveau de vie bien supérieur à celui que vous avez en exerçant votre profession sur de petites terres. »

Dans l’absolu cette SAFER avait donc une mission noble : Elles avaient pour objet d’éviter une concentration des exploitations chez les propriétaires les plus fortunés qui auraient souhaité élargir à l’infini leur domaine…

Dans l’absolu donc et en théorie ces SAFER sont utiles. Elles pourraient même être très utiles pour développer un autre type d’agriculture : même si le fonctionnement théorique peut on dire est proche du soviétisme…

Créées pour contribuer à la politique des structures agricoles, elles se sont vues confier au fil des ans des missions d’aménagement du territoire et de protection de l’environnement.
(merci wikipedia)
Il faut savoir également que la SAFER peut exercer son droit de préemption ce qui est particulièrement critiqué par les agriculteurs (à raison ou à tord suivant le cas et les interets)

Les SAFER sont aujourd’hui remises en cause :
L’Institut français pour la recherche sur les administrations publiques a publié un article critique intitulé : « Les Safer-khozes » dont voici quelques extraits : « Créées après-guerre avec une philosophie mutualiste très proche du collectivisme, les SAFER porteraient bien le nom de “Safer-khozes” en hommage à leurs grandes sœurs de l’Est. Préempter les terres, les exploiter, les découper, les distribuer sont l’apanage de nos SAFER pour le malheur du monde agricole et rural. Ces filles de l’après-guerre ont beau se draper dans la vertu que leur confère leur “mission d’intérêt général”, personne n’est dupe de leurs décisions arbitraires.

On s’étonnera pas alors de l’extreme méfiance de bon nombre d’agriculteur (se confirmant dans les votes) envers les pratiques et histoires de certains partis (je regarde vers ma gauche)
Mais étant donné l’évolution de l’histoire, on ne s’étonnera pas non plus que d’autres agriculteurs critiquent d’autres pratiques où « soviétisme administratif » (pourrait on dire) et « capitalisme » font bon ménage…

En effet en y regardant de plus près on se rend compte que nombreux sont ceux qui critiquent un certain poids des lobbys ce qui entraine un flou absolu (sans parler des lourdeurs administratives) concernant les décisions de ce genre d’administration (puisque les SAFER ne sont pas les seuls concernés : on pourrait citer chambres d’agricultures… mais pas seulement)

Concernant la SAFER et comme le dit assez bien l’article de wikipedia : Chargées de nouvelles missions de protection de l’environnement et des paysages, elles peinent à prouver leur crédibilité en la matière malgré une communication brillante, ces dernières années, sur la disparition des paysages ruraux. La réflexion devrait donc viser à maintenir les missions des SAFER tout en les confiant à des structures publiques moins sujettes aux pressions, à l’utilisation à des fins privées de fonds publics ou à la prédominance d’une vision purement marchande.

Concernant les lobbys on pourrait revenir un instant sur un article du monde diplomatique (même si ce monde diplomatique a tendance à voir qu’une partie du problème trop souvent…)

Le Beret Vert quand à lui revient sur les problèmes au sein des chambres d’agriculture notamment en terme de représentativité :

Mathématiques modernes : 34 = 66 

21 sur 45 de ses représentants sont des « exploitants », ou des agriculteurs si vous préférez, je précise cela pour les lecteurs citadins. Dans le Collège des exploitants 34 % des voix suffisent à apporter une confortable majorité, si les deux autres listes concurrentes plafonnent à 33 %. En effet, la liste arrivée en tête obtient d’office 50 % des sièges quel que soit son score, plus un nombre de sièges proportionnel à son score. Dans mon exemple, 34 % – 33 % – 33 %, la liste ayant obtenue 34 % rafle 66 % des places soit quinze sièges, les deux listes suivantes se partageant les six sièges restants ( 3 + 3 ).

Ainsi, à cent lieues de représenter les agriculteurs dans leur diversité, ce mode de scrutin favorise quasi définitivement la F.N.S.E.A, le syndicat historique, en ne laissant que la portion congrue aux syndicats minoritaires, auxquels il ne reste plus que l’agitation pour se faire entendre

Comme on peut le voir au delà de la SAFER , de ses avantages et de ses inconvénients certains (j’ai beaucoup entendu ce matin : oui mais c’est le réglement, si on suit le réglement il faut faire ça et ça et ça et ça, bref beaucoup de papiers et d’aller retour administratif… : si le réglement est mal fait on fait quoi ? on laisse faire ?)
D’autres organismes sont concernés par des dysfonctionnements. Là je pointe du doigt des problèmes dans le monde agricole mais on pourrait aller dans d’autres secteurs.
Il est assez étonnant que dans des organismes qui ont des rôles (en théorie ?) de services publics, le citoyen soit si mal représenté et si mal informé.
Je pense que le citoyen a son mot à dire dans les fonctionnements et décisions de ce genre d’organisme sinon seuls qui qui en tirent bénéfices y participent réellement. Il y a même un risque flagrant d’être juge et partie dans ce genre de prise de décision…
Et pour la SAFER le risque est alors que le rôle initial (cf Jean Gabin) n’est plus…

Il y a des immobilismes, des vieilles habitudes, … qu’il va falloir abandonner. Car il y a des grains de sel dans les mécanismes. Et que l’on ne me dise pas qu’il y a des réglements, des lois, …
Oui mais souvent certains ne semblent pas plus les respecter, ne croyez vous pas ? Si ces lois, ces réglements ne fonctionnent pas, ne sont pas justes et bonnes ! Alors il faut les changer ! Et non qu’elles deviennent des textes permettant à certaines habitudes de se mettre en place…

Soviétisme et capitalisme qui vont de pairs, je ne suis pas certain que cela donne un bon résultat…

Une réponse sur “Safer et autres histoires soviétiques”

  1. on pourrait bien sur pas m’accuser de gauchisme puisque l’IFRAP est plutot proche des milieux libéraux (voir d’une partie de l’UMP, liberté chéri…)

    Comme quoi le libéralisme c’est forcément mauvais des fois dans certaines critiques 😉
    (meme si c’est évident que je ne suis pas d’accord sur tout, loin de là…)

    ma critique et ma réflexion se pose donc à la fois sur une gestion « soviétique »
    et sur le « capitalisme »
    je condamne donc à à la fois libéral-capitaliste (en réalité libéraux quand cela les arrange) et gestion soviétique qui bizarrement des fois s’allient d’une certaine manière (cumulant alors les défauts)
    une sorte d’international capitaliste 😉
    le pouvoir des lobbys
    les dysfonctionnements

    et je ne m’étonne alors guère que des agriculteurs votent à droite voir à l’extreme droite… et que d’autres se sentent proche de la gauche gauche
    devant ces problèmes qui me semblent flagrants

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