Le dépassement du PS par Europe Ecologie masqué par… la ressemblance des bulletins Europe Ecologie et AEI

Rions un peu, il semblerait bien que de nombreux électeurs ayant voté AEI (Alliance Ecologiste Indépendant) voulait voter Europe Ecologie. Un vert aidé d’un ami sociologue électoral a essayé d’analyser les résultats de dimanche.
Une histoire de bulletin : d’ailleurs la même chose a pu être fatale au PS avec des bulletins peu lisibles de leur côté (noir, petite rose…) (encore heureux pour eux qu’une liste ait fait des bulletins roses pour piquer quelques voix)

Europe Ecologie est en fait bel et bien passé nettement devant le parti socialiste. Cela permet également de répondre à la question tout de même génante : pourquoi 3.6 pour cent d’électeurs écologistes ont délaissé notre liste ?

Cette analyse part du fait suivant : les listes de l’AEI font un score très élevé, comparativement aux élections européennes de 2004 :
ils triplent quasiment leurs voix, alors même que c’est aussi quasiment le cas d’Europe Ecologie par rapport au vote Vert de 2004.
Si on regarde au niveau des départements, on voit que plus le score d’Europe Ecologie est élevé, plus le score de l’AEI est élevé.

Lorsqu’on regarde la répartition géographique du vote pour l’AEI, on se rend compte du fait suivant, totalement anormal : ce sont les banlieues populaires qui présentent le score le plus élevé, et de loin (entre 2.5 et 4.5% à chaque fois).

La principale explication de ce paradoxe est simple même si elle peut surprendre à première vue : beaucoup d’électeurs se sont trompés de bulletin.
En effet, les SEULS bureaux de vote où l’AEI est fort sont les quartiers populaires où le niveau d’éducation et de politisation est le plus bas.
Sauf à croire que le discours de Waechter et Lalanne ait été mieux à même de mobiliser les électeurs des quartiers populaires qu’Europe Ecologie, alors qu’ils ont été quasiment inaudibles pendant la campagne;
la ressemblance du nom (alliance écologiste qui se présente contre un rassemblement…) et du bulletin (écriture verte) est la seule explication possible, et ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le MEI joue cette stratégie.

De nombreux militants verts qui tenaient les bureaux de vote l’ont d’ailleurs constat. Le phénomène n’est pas nouveau, comme on l’a dit mais on peut considérer que son incidence en nombre de voix a augmenté considérablement.
Cela n’explique pas l’intégralité du score de 3.5% mais certainement la très grande majorité.
Il existe, certes, des électeurs qui ont préféré ce parti.
Mais le fait que l’AEI fasse de meilleurs scores dans les quartiers populaires (en moyenne entre 2.5 et 4%) que dans les quartiers de droite ou « bobos » (scores quasiment toujours inférieurs à 1.5%) s’explique forcément par cela.

On le vérifie très nettement par le fait qu’en Ile-de-France, le mouvement fait son plus faible score : la tête de liste DANIEL COHN-BENDIT étant écrite en gros sur le bulletin (et pas seulement sur le logo en petit), le doute n’a été permis que pour les électeurs ayant foncé sans réfléchir sur le bulletin (mais ce type de comportement a été relaté par beaucoup d’assesseurs).

Un autre indice important converge pour conforter cette interprétation : 7% des électeurs n’ayant aucun diplôme ou seulement le certificat d’études auraient voté pour cette liste, comme le suggère le sondage post-électoral de la SOFRES, alors qu’il est beaucoup plus faible dans les autres catégories.

Il est difficile d’évaluer ce phénomène, mais on peut dire, sans prendre de risque qu’une petite moitié de l’électorat AEI s’est tout simplement « trompé de bulletin ».

La conséquence de cette analyse est triple :

* Cela permet de comprendre en partie non négligeable (mais bien sûr insuffisante) la faiblesse du score d’Europe Ecologie dans les banlieues par rapport aux centre-ville.
En effet, dans la banlieue lyonnaise par exemple, dans une ville comme Venissieux, le faible score de Michèle Rivasi (13.3%) devrait être additionné de celui de Lalanne (3.5%), qui ne fait que 1% dans l’arrondissement « fief » des écologistes radicaux de la décroissance à Lyon (le premier, très central) alors qu’Europe Ecologie y obtient 39%.
On y observe la même chose dans les autres banlieues populaires de la ville (Saint Fons (3%)), Vaulx-en-Velin (3%), Décines (4%), Rilleux (4%) etc. Il s’agit donc de relativiser (même si cela reste en partie vrai) le fait que le discours écologiste n’est pas entendu dans les classes populaires. Et cela a des implications importantes en terme de stratégie électorale : être mieux implanté dans les quartiers est important, mais la teneur du discours tenu par Europe Ecologie a été convaincante, même pour cet électorat.

* Cela permet d’estimer qu’Europe Ecologie a convaincu, peu ou prou, l’ensemble de l’électorat écologiste « traditionnel ».

* Enfin, on peut légitimement considérer que les 30 000 voix d’avance du PS nationalement sont bien plus que largement compensées par les « faux électeurs » de l’alliance écologiste indépendante (même un petit tiers des voix représente 200 000 électeurs nationalement) ce qui fait donc d’Europe Ecologie la deuxième force politique de ce scrutin électoral.

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