Europe-Ecologie : une issue à la gauche radicale?

Alors que le rassemblement des écologistes se poursuit et s’élargit à l’image de ce que j’avais pu déjà expliquer ici même
Et alors que Cécile Duflot a pu démarrer avec succès sa campagne en Ile de France en donnant notamment la parole à tout ceux qui nous ont rejoint. Qu’ils viennent du milieu associatif comme Augustin Legrand, de la société civile comme Robert Lion ou d’autres formations politiques comme Stephane Gatignon (PCF) ou Pierre Larrouturou (PS) et même si certains médias s’amusaient à parler de trophées
Des questions se posent à la gauche dite radicale : NPA, Front de Gauche (PCF – PG) mais aussi toutes les petites formations issus des dissidences, divisions et histoires de cette partie de la gauche…
Médiapart y revient ici même mais vous pouvez également lire ce PDF : Et si Europe-Ecologie devenait le refuge de ceux qui, à la gauche du PS, sont lassés des divisions permanentes ?


Extraits :

L’actuelle rédactrice en chef de la revue Regards, Emmanuelle Cosse, fait de son côté le constat de cinq ans de vaine tentative d’unité de la gauche antilibérale. «Au final, tout le monde est bouffé par la logique présidentielle, et le PCF et le NPA ne sont jamais d’accord. Après s’être retrouvée sur un ?non ? en 2005, la gauche de gauche n’est pas parvenue à s’unir sur un projet et a présenté cinq candidats aux présidentielles de 2007. Et depuis, rien ne change et les sympathisants et les électeurs sont fatigués et énervés. Et regarde vers Europe-Ecologie, qui a su recueillir 16% sur un projet novateur et de gauche.»

Selon elle, «le programme offensif des européennes et le score obtenu ont rendu crédible cet engagement.
On ne ment pas aux gens. Par exemple on ne ment pas aux salariés de l’automobile, mais on pense la relocalisation de l’emploi et la transition vers l’après-voiture. Les réponses proposées sont audacieuses, mais elles sortent de la grille de lecture de la ?vieille gauche ?»

Quant à Pascal Durand, il préfère tisser la métaphore anticolonialiste :
«Quand Eva Joly porte aujourd’hui la critique de la corrup-tion ou l’action de Total en Birmanie, c’est le néo-colonialisme qu’elle combat, le pillage des ressources naturelles et les conditions de travail indécentes. En voulant encadrer les pratiques scandaleuses par des lois française ou européenne, on renoue avec la logique des combats de nos parents. Et on porte des valeurs que la gauche historique n’arrivent plus à porter» .

Pour Pascal Durand, l’ouverture d’Europe-Ecologie à la gauche comme au centre droit doit se faire dans le souci de «conserver une équilibre permanent entre les différentes sensibilités de ceux qui nous rejoignent. Comme le dit Dany Cohn-Bendit, pour que le mouvement fonctionne, il doit y avoir des pôles en tension dynamique, qui confrontent sans cesse leurs opinion»

Emmanuelle Cosse fait la moue devant ce point de vue stratégique («Ce serait dommage de retomber dans une logique de courants » ), elle se félicite de la «souplesse d’Europe-Ecologie, car on peut y défendre sa tradition et sa pratique militante» . Selon elle, sa démarche comme celle de Stéphane Gatignon participe à «l’élargissement du pôle de la radicalité à gauche» .

Une opinion que partage Francine Bavay, qui juge «décisive» l’évolution des relations entre la gauche radicale et Europe- Ecologie. Celle qui fut suspendue un an durant des Verts, pour avoir fait la campagne présidentielle de José Bové, estime que «l’autre gauche doit sortir de la concurrence inter-partidaires»

Ces mouvements restent toutefois « limités » mais pourtant certains comme le député de Saint-Denis Patrick Braouezec, borduré par la direction du PCF comme tête de liste du Front de gauche en Ilede- France, hésite à franchir le pas.
Le reste des rénovateurs de la banlieue rouge traîne aussi la patte. Seul Daniel Breuiller, maire d’Arcueil (Val-de-Marne) depuis longtemps en rupture avec le PCF a pour l’heure annoncé son ralliement.

Pour Francine Bavay, Europe-Ecologie doit désormais «démontrer à une gauche résignée, essentiellement sociale et prenant juste conscience de l’environnement, que la dynamique actuelle repose sur une articulation entre les préoccupations sociales et environnementales» . Mais elle concède que son point de vue est «tout aussi minoritaire» chez les Verts que dans la Fédération pour une alternative sociale et écologiste (FASE, qui regroupe diverses organisations de la gauche radicale, dont les AlterEkolos).

Mais la crainte de l’opportunisme n’est jamais loin, et Emmanuelle Cosse redoute que «certains politiques ne viennent plus défendre des divergences de fond, mais seulement revendiquer des places»

Selon elle, la «rupture avec les logiques d’appareils permetd’agréger des démarches individuelles venant de la gauche comme du centre. Ce qui compte c’est le programme. Pour l’instant il est très ambitieux, et tant mieux si des gens d’horizons divers s’y retrouvent» .

Stéphane Gatignon, en bon historien ayant finalement fait le choix de la politique au terme de ses études, estime que «les temps sont à nouveau aux grands consensus, comme lors du Conseil national de la résistance, où les communistes et les démocrates chrétiens.
Ça a quand même été la période des avancées sociales les plus importantes, plus encore que lors du Front populaire.»

Lui n’entend d’ailleurs pas laisser le modèle sudaméricain à Jean- Luc Mélenchon  : «Le président du Paraguay, Rafael Correa, est un ancien chrétien-social qui a mis tout le monde d’accord sur une plateforme commune, où l’on retrouve aussi bien des anciens guerilleros, que des “sansterre” paysans, des Indiens ou des syndicalistes réformateurs. Ce qui compte, c’est de débattre d’un projet permettant d’élargir le spectre électoral pour le rendre majoritaire.»

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