Contre un Contre Grenelle

Dans quelques jours je parlerai un peu plus du Grenelle et de quelques sujets « facheux » (ou moins) mais en attendant je vous soumets le texte de Jonathan Morice publié sur Ecopolit. Je partage en grandes parties certains propos…
Le magazine “La Decroissance” de Serge Latouche, les “Casseurs de pub” et l’Institut d’Etudes Economiques et Sociales pour la Décroissance soutenable organisent à Lyon, le samedi 5 octobre 2007, un “contre Grenelle de l’environnement”. Si si.

Je m’excuse d’avance de ne partager entièrement le pessimisme écologique de tout ce joli petit monde. Cela tient sans doute à mon expérience regénérante du vélib‘ hier. Plus exactement, j’ai envie de partager avec vous mon enthousiasme débordant. Comme le dit Al Gore dans son magnifique opuscule qui a précédé le fim, “la vérité qui dérange”: il n’existe qu’un histogramme Chinois pour “danger” et “opportunité”.

On peut comprendre que les altermondialistes et les objecteurs de croissance cherchent une tribune pour s’exprimer.

Nous-même, à ecopolit et ailleurs, ne manquerons pas nous faire entendre pendant ce temps fort de l’écologie. Ce sera pour faire une critique nuancée et circonstanciée de ce qui sortira ou ne sortira pas de ce qui reste, sur le principe, une bonne idée, quelles que soient les arrières pensées de ce qui le mettent en oeuvre (elles sont évidentes de la part d’un monsieur pour qui la politique est binaire, soit on “liquide”-mai 68 par exemple-, soit on fait un grenelle, tant pis pour la contradiction dans les termes, car de toute façon “la parenthèse révolutionnaire de mai 68 s’est refermée le jour où les stations services ont rouvert” comme disait Cornelius Castoriadis).

Certes, il est peu probable que sur les autoroutes, les incinérateurs ou le nucléaire, on aboutisse à grand chose sous ce gouvernement là. Seulement, le vaisseau spatial “planète bleue” en errance intersidérale n’attendra pas que la gauche soit en état de revenir au pouvoir au niveau national pour se déregler.

Et puis, en tant qu’homme de gauche je le dis sans ambage: pouvons nous nous permettre de verser dans le procès d’intention alors la gauche au pouvoir sous Jospin n’a jamais rien proposé de tel, et toujours refusé au ministère de l’écologie les moyens d’agir? Jospin, que nous interrogions à ce sujet sur le marché de l’Olive dans le 18e arrondissement, se retranchait dans l’absurdité la plus absconce : “oui mais Voynet, elle s’intéressait trop à la chasse”. Quand on connaît la passion de la native du Jura pour tout ce qui touche à la cynégétique, voilà qui prête à sourire. Ou à pleurer.

Alors non, je n’ai pas envie de pleurer ou de gémir lors d’un contre Grenelle, ni de hurler de joie à la perspective d’un Grenelle. Je pense que c’est de toute façon le moment de nous exprimer, comme le fait avec brio sur l’adresse ouèbe legrenelleenvironnement.fr …Alain Lipietz.

Je pense que l’attitude la plus constructive consiste à engager dès maintenant le dialogue avec ceux qui participent déjà à la rédaction des “fiches actions” qui serviront de base à l’émergence d’un fragile “consensus” en octobre. La composition des groupes de travail (grenelle-infos.docgrenelle-infos.doc) ne me semble pas si scandaleuse que cela. Certains sont proches de nous et pas nés de la dernière pluie, je pense à Pierre Radanne ou au Réseau Action Climat par exemple. Il faut que les associations spécialisées découvrent, et vite, les subtilités de la négociation politique et syndicale, bref, du dialogue social. Notamment pour que lorsque le gouvernement ou le patronat refusent une concession sur un point crucial (le nucléaire, etc…), il lâche la bride sur un autre (les OGM, la fiscalité, les engagements chiffrés, la décroissance sélective de certains secteurs de l’économie très destructeurs pour l’environnement).

En fait, il se pourrait que le Grenelle de l’environnement aboutisse à une espèce de Charte d’Helsinki (1975 donc, plutôt que 1968) du productivo-colberto-libéralisme français. A l’époque, les pays démocratiques avaient réussi à faire signer un pacte portant reconnaissance des droits de l’homme à l’URSS. Cette charte est par la suite devenue la meilleure arme des défenseurs de la liberté à l’est. L’hypocrisie vaut toujours mieux que le cynisme…pour ceux à qui elle est assenée.

Oui, le gouvernement de M.le président montre déjà les limites de sa poltique fiscale (plus d’ailleurs sur le fameux paquet fiscal, ou TEPA , de justice, de santé, et de développement durable, mais à l’heure où l’opposition se fait ringardiser, il est temps de prouver à tous que l’avenir, c’est l’écologie politique. Oui, méfions-nous des contrefaçons, mais ne tombons pas dans le maximalisme à l’heure où nous venons d’être désavoués électoralement. Notons avec toute l’ironie requise les hommages du vice à la vertu (tout le monde fait du “green washing“, je vois pas pourquoi le gouvernement, et même l’armée, s’en priveraient).

Mais ne tombons pas dans les travers d’un shadow cabinet dont l’esprit d’ouverture s’arrête aux portes de la rue de Solferino, ou encore des manifestations anti G8 qui ne font que conférer une importance disproprotionnée à un bavardage entre puissants.

La façon dont se positionnera l’écologie politique à ce moment précis, en simple dénonciatrice de l’hypocrisie ou en constructrice d’avenir, déterminera le capital de confiance, et non de simplement de sympathie, dont nous bénéficierons. La posture radicale est une impasse. Le projet radical porté par des gens raisonnables et ouverts, à un moment où nos alliés objectifs se multiplient, c’est un boulevard! “Nous avons les pieds dans la bonne glaise”, comme dit la boule d’énergie Hélène Flautre.

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