1979 : le charbon et le nucléaire, énergies de l’an 2000

Je retrouve avec un certain plaisir un Hors Série de Science et Vie datant de 1979 consacré à l’énergie. Quelques surprises m’attendent puisque je suis né en 1983. On y parle très peu de pollution, on semble conscient des risques du nucléaire et de ses nombreux défauts, et surtout on sait déjà que le pétrole est une ressource finie dont il va falloir se séparer un jour. Retour presque 30 ans en arrière sur certaines prévisions, certains constats et certaines évolutions.

En 1977, la Xème conférence mondiale sur l’énergie fut la consécration du charbon et du nucléaire comme énergies de l’an 2000. Conscient que nous avons 30 à 50 ans de pétrole, seuls le charbon et ses dérivés sera avec le nucléaire capable de répondre à une demande croissante en énergie.
On prévoit que la consommation en 2000 sera 2 à 2,5 fois plus importante soit 12 à 18 milliards de TEP (tonnes équivalent pétrole)
D’après les chiffres actuels les prévisions semblent avoir été les bonnes de ce côté là.
On prévoit alors la décroissance du pétrole pour les années 2000. Il y a 30 ans on pense que le gaz serait proche des 15% restant dans les mêmes proportions. 30 ans plus tard nous en sommes à un peu plus de 21 % de l’énergie consommée.

Les yeux se tournent alors ver le charbon dont les ressources sont bien plus importantes. Mais aussi vers le nucléaire.
Et là le chiffre est étonnant : On en attend d’ici l’an 2000, 15 à 20% des besoins énergétiques alors que l’on en est à 2% à la fin des années 70.
En 2004, une vingtaine d’années plus tard, l’énergie nucléaire contribue à hauteur de 17,3% à la production mondiale d’électricité (soit 6,4% de l’énergie primaire ou 2,8% de l’énergie finale)
Il semble évident que l’on prévoyait une plus grande utilisation de l’électricité : notamment peut être dans l’automobile.

C’est alors que l’on peut expliquer l’ampleur des programmes de construction de centrales dans les années 1974/1975. Programmes ambitieux qui rapidement furent révisés. Le nucléaire semble avoir perdu la guerre ? On en faisait l’énergie qui allait nous sauver de la fin du pétrole , on en fait à présent l’énergie qui nous sauvera de la pollution.

Je poursuis ma lecture de ce Science et Vie. On revient pendant de longues pages sur les maigres réserves du pétrole. Risques géopolitiques par ci. Pic de la production par là. 30 à 50 ans de ressources. Nous sommes 30 ans après… Avons nous entamé la phase de décroissance du pétrole ?

Plus loin on revient sur la France et ses besoins énergétiques, et l’énergie nucléaire évidemment. Le temps des Watts maigres : d’un côté les maigres ressources dont dispose le pays, de l’autre l’énergie électrique insuffisante.
Les économies d’énergie semblent au programme, tout comme certains investissements dans les énergies nouvelles (on parle surtout solaire).
Mais le nucléaire occupe aussi une grande place. Il semble indispensable.
Pourtant Science et Vie et d’autres déjà pose la question ainsi : On peut tout de même se demander si à terme le nucléarisation du territoire français ne créera pas une nouvelle dépendance…

Le nucléaire a demandé de grands investissements. Et donc des sacrifices. Tous les problèmes de l’EDF, avec la panne du 19 décembre 1978 comme consécration, s’explique alors…
La compagnie à la fin des années 70 est le premier emprunteur français à l’étranger. Sa dette est très importante. Mais pourtant insuffisant…  Dès le départ le nucléaire semble un piège financier…
Vers 1976, les retards s’accumulant du côté du programme nucléaire, direction de EDF et syndicats s’émouvaient de la précarité de la situation : production et consommation avaient du mal à trouver un équilibre.

le Nucléaire : pour le meilleur ou pour le pire : c’est le titre de l’article consacré au nucléaire. Tout y est déjà ou presque, et Science et Vie s’interroge “entre l’hyperasssurance des nucléocrates et la catastrophisme écolo qui croire ? La voie moyenne ?
La France compte tirer du nucléaire 80% de ses besoins électriques : le pari semble en partie réussi donc.
32% de l’énergie électrique mondiale c’est ce que prévoit la Conférence mondiale de l’énergie pour 2020. Au jour d’aujourd’hui on voit qu’il faudrait plus que doubler cela pour y arriver : toujours la confiance passée en l’électricité certainement ?

Le débat sur le nucléaire dans les années 70-80 est donc entier. Partout la question se pose. L’Autriche utilisa la voie du référendum, la France elle n’y songea pas malgré des sondages où les français semblaient à 56% penser que le nucléaire serait indispensable pour l’an 2000 (Aujourd’hui la tendance est largement inversée) …
On sait que les énergies nouvelles n’auront pas une croissance suffisante. Et on dit que le pétrole va vite décroitre. Le nucléaire dans ces années là semble donc bien indispensable.
Grâce à un certain affolement autour de la crise du pétrole, le nucléaire devient alors LA solution : en sera t’il de même avec le prétexte “réchauffement climatique” ?
De plus on semble, surtout en France, fantasmer sur les avantages des surrégénérateurs : ils produisent plus de plutonium qu’ils en produisent. Si la France brûle ses 100000 tonnes de réserves d’uranium dans les surrégénérateurs elle se trouve avec 3 fois de réserves énergétiques que l’Arabie Saoudite.
Le fantasme électrique semble bien là.
Pourtant ce Science et Vie de 1979 revient également sur les motifs d’inquiétudes. Ils sont nombreux : énergie à haut risque bien entendu (7 ans plus tard Tchernobyl nous rappelait à l’ordre…) , énergie liée à la prolifération nucléaire, problèmes avec le transport des combustibles iradiés, et bien entendu problème de stockages…
30 ans après tout ces problèmes n’ont pas été réglés : pourtant on nous avait promis que les solutions existeraient.
Le stockage est certainement le problème le plus grave comme le dit déjà Science et Vie à l’époque : “triste héritage que peut être nous préparons aux générations qui nous suivront. Faut il au nom des avantages immédiats que nous apporte le nucléaire leur infliger des risques qu’elles n’auront pas choisis”

Science et Vie poursuit avec d’autres articles sur le gaz, sur l’uranium, sur l’hydroélectricité… Mais consacre encore beaucoup de pages au Charbon. Pages interessantes d’autant plus qu’elles font partis des rares à parler “écologie”. On prévoit une accélération de l’effet dit de serre. Mais pas seulement.
A l’époque une centrale électrique à charbon de 1000MW libère :
20000 t d’anhydride carbonique (CO2) , 30t d’anydride sulfureux (SO2) et au moins 70t d’oxydes d’azotes…
Je lis qu’en 1977 le président Carter prévoyant le triplement de la production charbonnière aux USA avait provoqué une véritable lebée de boucliers :
plus étonnant je lis même “dans un pays hyper sensibilisé aux problèmes d’environnement…” : oui on parle bien des USA.

Après le charbon et le nucléaire un titre attire mon oeil “La course aux calories perdues” : l’article revient sur la consommation en énergie, sur les surconsommations et mauvaises consommations. Sur les gadgets. Sur les possibilités d’économiser : on parle évidemment déjà d’isolation par exemple…
Un expert du Commisariat à l’énergie atomique plaisantant à moitié dit “il y a en France assez de déchets termiques pour assurer tout notre chauffage sans une goutte de fuel”
Tout est passé en revu. Ne pas gaspiller, grapiller, … On parle évidemment du changement d’heure : horaire d’hiver et d’été.
Le tertiaire et les logements semblent être les cibles premières.
Pourtant une partie de l’article glisse son oeil “léger” vers l’automobile et les transports en général : mais il semblerait que à l’époque nous avons été fort oublieux de ce côté…

Je tourne une page : l’énergie solaire. Elle semble faire fantasmer mais nous sommes à l’époque encore très loin des progrès encore réalisés tout récemment. Pourtant la chaleur solaire est connue depuis que l’homme est l’homme. Quant à l’électricité solaire on en connait le principe depuis un siècle.
Selon Science et Vie le solaire bénéficiera d’une part de la hausse des couts des ressources, d’autre part d’une énergie nucléaire dont les couts sont croissants et la popularité aléatoire.
30 ans après les progrès sont encore à réaliser. Mais déjà les “pétroliers” investissent dans ce domaine alors que les Etats y consacrent de faibles recherches.

Science et Vie revient également sur l’énergie thermique des mers et sur la géothermie en général. L’énergie des marées également est examiné. L’hydrogène semble également une énergie interessante.
La Fusion et ses “dérivés” a également droit à un article.

Mais plus étonnant en finissant ce Science et Vie de 1979 réside dans 2 articles : l’éolien et l’énergie verte.
L’énergie verte c’est l’alcool dans le moteur, c’est le bois, c’est le “gaz du fumier” , …
Quelques phrases glissés ça et là attirent l’oeil : au Brésil la culture des cannes elle meme immobilise de trop grandes étendues de terres riches…
“L’immobilisation de terres agricoles dans une conjoncture de croissance des besoins alimentaires” pose problème alors que l’énergie verte pourrait être une chance pour le tiers monde (c’est du moins présenté ainsi en 1979).

L’énergie éolienne c’est du vent. Pourrais je dire avec humour. Et pourtant alors que le solaire semble faire fantasmer, l’éolien en 1979 ne semble pas attirer les regards.
On est bien entendu conscient des possibilités : le vent souffle et soufflera. Mais les technologies semblent absentes.
Comme introduit dans l’article : avant l’avènement de la machine à vapeur (qui aurait pu trouver des applications et donc amener une révolution industrielle dès l’antiquité il faut le savoir), l’énergie éolienne et l’énergie musculaire étaient les deux principales sources d’énergies mécaniques.
Mais le vent n’attire pas. Plus étonnant les photos de l’article montrent des vieilles éoliennes. Même les expériences (de la Nasa par exemple) semblent bien ridicules par rapport aux installations d’aujourd’hui.
Que de chemin parcouru. Et pourtant malgré le manque d’enthousiasme pour cette technologie et donc d’investissements l’éolien a fait de grands progrès en 30 ans à peine du moins quand on le compare à d’autres énergies.

Une pensée sur “1979 : le charbon et le nucléaire, énergies de l’an 2000”

  1. Une étude référencée dans ce dossier http://futura24.site.voila.fr/futura01/charbon.htm indique que la production de charbon va atteindre un sommet (plat) entre 2030 et 2040 et que la production chutera de plus en plus vite ensuite.

    Le charbon pour 200 ans, c’est un mythe qui n’a rien à voir avec la réalité minière.

    D’un autre coté, ce thème http://futura24.site.voila.fr/futura01/nucle.htm montre que notre pays peut se passer du nucléaire et réduire ses émissions de gaz carbonique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *